Quelles sont les forces qui poussent les États-Unis à une agression militaire internationale croissante ?

Introduction

Depuis environ deux décennies, nous assistons à une escalade militaire des USA. Les événements qui ont mené à la guerre en Ukraine s’inscrivent dans ce cadre et en représentent une nouvelle étape qualitative. Avant cette guerre, les USA n’intervenaient que contre des pays en voie de développement ayant des forces armées bien inférieures aux leurs et ne possédant pas l’arme nucléaire.

Par ordre chronologique, voici la liste de ces interventions militaires dévastatrices :

  • le bombardement de la Serbie en 1999.
  • l’invasion de l’Afghanistan en 2001.
  • l’invasion de l’Irak in 2003.
  • le bombardement de la Libye en 2011.

En ce qui concerne l’Ukraine, les USA étaient parfaitement conscients que leur proposition d’y implanter l’OTAN qui est à l’origine de la guerre actuelle, menaçait les intérêts nationaux les plus fondamentaux de la Russie, pays qui possède d’importantes forces militaires, dont un arsenal nucléaire égal au leur. Ils ont sciemment pris le risque de franchir la ligne rouge de la Russie.

Pour l’instant ils n’ont pas envoyé de troupes en Ukraine, déclarant ouvertement que cela pourrait déboucher sur une guerre mondiale avec l’État russe. Mais leur intervention soutenue équivaut à une guerre par procuration contre la Russie. Avant le début du conflit, ils ont assuré la formation de l’armée ukrainienne, l’ont approvisionnée massivement en armes, et à ce jour, ils lui transmettent des informations satellitaires et autres renseignements etc.
Comment les USA ont-ils réussi à entraîner l’Ukraine dans la guerre ?

Les USA ont consciencieusement et minutieusement préparé cette guerre en militarisant progressivement l’Ukraine. Vyacheslav Tetekin, membre du Comité Central de la Fédération de Russie (KPRF) en fait ci-dessous une description exhaustive. Y apparaît clairement la façon dont les USA ont instrumentalisé l’Ukraine :

« L’Ukraine (…) se prépare à la guerre depuis longtemps. Quand on compare avec des événements similaires survenus à une autre époque et dans d’autres parties du monde, on peut avancer l’idée d’un « modèle standard » des États-Unis pour atteindre leurs objectifs géopolitiques (…)

La Russie a délibérément été entraînée dans cette situation. Tout a commencé par le coup d’État en Ukraine de février 2014, quand des forces viscéralement anti-russes ont pris le pouvoir à Kiev avec le soutien des USA et de néo nazis locaux (…)

En 1991, pendant les « réformes », l’armée ukrainienne avait considérablement souffert si bien qu’en 2014 elle avait perdu toute sa puissance. L’équipement militaire ne marchait plus, le moral des officiers et des soldats était au plus bas à cause de salaires de misère. L’armée ukrainienne ne voulait plus combattre et n’en avait plus les capacités (…)

En conséquence, [après le coup d’État en 2014] le pays a révisé ses finances, sacrifiant le bien être de la population au financement des forces armées. Son budget militaire est passé de 1,7 milliards de dollars en 2014 à 8,9 milliards en 2019 (5,9% du PIB du pays)… L’Ukraine (…) a proportionnellement dépensé trois fois plus [en pourcentage du PIB] au niveau militaire que les pays développés occidentaux (…)

Ces chiffres montrent que le pays se préparait à une guerre de grande ampleur (…) Des centaines d’instructeurs venant des États-Unis et autres pays de l’OTAN ont participé à la formation de l’armée. L’Ukraine s’est préparée à la guerre sous la supervision des États-Unis.

Des sommes énormes ont été dépensées pour la réparation du matériel militaire. En 2014-2015 pendant l’agression contre le Donbass [la partie russophone de l’Ukraine de l’Est], l’Ukraine était incapable d’assurer une couverture aérienne, car tous ses avions de combat avaient besoin de réparation. Mais dès février 2022, il y avait déjà 150 chasseurs, bombardiers et avions d’attaque de l’armée de l’air ukrainienne. Une telle accumulation des forces de l’air ne s’explique qu’en vue de la prise du Donbass.

À la même période, de puissantes fortifications ont été érigées à la limite entre le Donbass et l’Ukraine (…) Fin 2021 le salaire des soldats a été multiplié par 3 (!), passant de 170 à 510 dollars. Les effectifs des forces armées ont aussi considérablement augmenté.

La première étape de la préparation de l’Ukraine à la guerre s’est ainsi achevée avec succès fin 2021. La capacité de combat de l’armée ukrainienne avait été restaurée, l’équipement militaire réparé et modernisé (…)

Cependant, même modernisée, l’armée ukrainienne n’était pas en mesure d’attaquer la Russie. Le rapport de forces n’était clairement pas en faveur de Kiev. Aussi les États-Unis ont-ils pensé à deux solutions pour mettre à profit cette nouvelle Ukraine militarisée (…) Le première était de s’emparer du Donbass et, si un heureux concours de circonstances le permettait, de procéder à l’invasion de la Crimée. La seconde était de provoquer l’intervention armée  de la Russie (…)

La Russie a alors compris qu’une Ukraine sous la coupe des États-Unis devenait un danger réel. En décembre 2021, elle a demandé à l’OTAN la mise en place de mesures garantissant ses intérêts légitimes. L’occident (…), sachant que les préparatifs de l’invasion du Donbass battaient leur plein, ont ignoré cette demande. Les unités de l’armée ukrainienne les plus aptes au combat ont été massées au pourtour du Donbass. Fortes de 150 000 soldats, elles avaient la capacité de briser la résistance de la milice populaire du Donbass en 2-3 jours, en détruisant totalement Donetsk, et de faire couler beaucoup de sang chez les défenseurs de la RPD [République populaire de Donetsk] (…)

La responsabilité de ce qui se passe en Ukraine à l’heure actuelle incombe entièrement aux États-Unis et leurs alliés, qui ont utilisé le (…) peuple ukrainien comme arme. »

L’Ukraine : saut qualitatif de l’escalade militaire américaine

L’insistance des États-Unis sur le « droit » de l’Ukraine à adhérer à l’OTAN, et leur participation à sa remilitarisation, montrent qu’ils ont préparé le conflit en Ukraine, tout en sachant pertinemment que cela mènerait inéluctablement à une confrontation avec la Russie. Les États-Unis sont montés d’un cran : ils ne ciblent plus seulement des pays en voie de développement – ce qui est déjà, en soi, horrible et inacceptable – mais des États puissants comme la Russie, et font par là même courir le risque d’un conflit militaire mondial.

Est-ce temporaire, auquel cas on pourrait s’attendre ultérieurement à un retour à des méthodes plus « pacifiques », ou est-ce une orientation à long terme ?

C’est une question essentielle qui concerne l’ensemble des pays, et plus particulièrement la Chine, qui dispose, elle aussi, d’un puissant État.

En effet, en même temps qu’ils préparaient l’offensive contre la Russie, les USA ont imposé des droits de douanes à l’économie chinoise, mené une campagne internationale systématique de mensonges sur le Xinjiang, et tenté de saper le principe d’une « seule Chine », au niveau de la province de Taïwan.

Parmi leurs actions vis-à-vis de Taïwan :

• Biden a invité une représentante de Taipei à sa cérémonie d’investiture. C’était la première fois, depuis le rétablissement des relations diplomatiques entre les États-Unis et la Chine dans les années 70.

• Avant qu’elle ne tombe malade du Covid, Mme Pelosi, présidente de la Chambre des représentants des États-Unis, avait annoncé qu’elle allait se rendre à Taipei.

• Les USA ont appelé à la participation de Taipei aux Nations unies

• Ils ont intensifié leurs ventes d’armes et d’équipements à l’île.

• Visites de délégations américaines à Taipei

• Les USA ont renforcé leur présence militaire en mer de Chine méridionale et envoyé régulièrement des navires de guerre américains dans le détroit de Taiwan.

• Les forces spéciales américaines ont assuré la formation des troupes terrestres et des soldats de la Marine de Taïwan.

Les États-Unis savent que la politique d’« une Chine unique » répond aux intérêts nationaux fondamentaux de la Chine. C’est le socle sur lequel reposent les relations sino-américaines depuis 50 ans, c’est-à-dire depuis la visite de Nixon à Beijing en 1972. Son abandon équivaudrait à franchir la « ligne rouge » de la Chine.

Ces provocations américaines envers la Chine et la Russie, et l’escalade militaire sont amenées à durer. Ce sujet est trop sérieux pour être traité à la légère. Il s’agit de guerres qui pourraient avoir des conséquences catastrophiques. Toute exagération ou simple propagande, dans un sens ou l’autre, est inacceptable. Nous allons donc essayer de cerner de la façon la plus factuelle, objective et calme possible, les raisons profondes qui poussent les États-Unis à intensifier leur agression militaire, et les forces qui pourraient y mettre un frein.

De la guerre froide contre l’URSS à la nouvelle guerre froide contre la Chine : évolution de l’économie américaine

Les 2 facteurs qui expliquent l’escalade militaire américaine depuis plus de deux décennies, sont d’un côté la perte définitive du poids écrasant de leur production mondiale, et de l’autre leur maintien en tant que première puissance militaire mondiale. Le danger consisterait à ce qu’ils cherchent à compenser leur recul économique par le recours à la force armée. C’était déjà l’origine de leurs interventions militaires dans les pays en voie de développement.

Par ailleurs leur agression militaire américaine ira-t-elle jusqu’à y inclure la Chine ou, pire, jusqu’à une guerre mondiale ?

Pour y répondre, il nous faut analyser de manière détaillée la situation économique et militaire des États-Unis.

Contrairement à ce qu’ils énoncent dans leur propagande sur le « dynamisme » de leur économie, celle-ci subit en réalité un lent déclin au niveau mondial. Pour en saisir l’ampleur, comparons-la avec leur situation économique du temps de la première guerre froide des États-Unis contre l’URSS.

Données économiques de l’ancienne à la nouvelle guerre froide

En 1950, au début de la Première Guerre froide, les États-Unis représentaient 27,3% du PIB mondial selon les données d’Angus Maddison, le grand spécialiste de la croissance économique mondiale à long terme. De son côté, l’URSS, la plus grande économie socialiste de l’époque, n’en était qu’à 9,6%. Autrement dit, l’économie américaine était 273%, soit presque 3 fois, plus grande que celle de l’URSS.

Pendant toute la période qui a suivi la Seconde Guerre mondiale, le plus haut pourcentage du PIB américain jamais atteint par l’Union soviétique fut de 44,4% en 1975. Ainsi, même au sommet de la relative réussite économique de l’URSS, la taille de l’économie américaine était 2 fois plus importante (soit 225%). En bref, tout au long de l’« ancienne guerre froide », les États-Unis ont joui d’une supériorité économique écrasante vis-à-vis de l’URSS.

À l’heure actuelle, même aux taux de change en vigueur, le PIB de la Chine représente déjà 74% du PIB américain, un niveau bien supérieur à celui jamais atteint par l’URSS. Cela signifie, en termes de taux de change du marché, que l’économie américaine n’est que 131% celle de la Chine. Par ailleurs, la croissance de la Chine est beaucoup plus rapide que celle des États-Unis.

Calculée en termes de pouvoir d’achat, le PPA (Purchasing Power Parities), la mesure utilisée par Maddison, l’économie chinoise a déjà 18% de plus que celle des États-Unis, et d’ici 2026, selon les projections du FMI en PPA, ce sera 35%. L’écart économique entre les 2 pays est beaucoup plus étroit que ce qu’il était entre l’URSS et les USA.

Si l’on prend d’autres mesures, et ce quelle que soit la façon dont on calcule, la Chine est devenue de loin la première puissance productive mondiale. En 2019, selon les dernières données disponibles, la Chine représentait 28,7% de la production manufacturière mondiale, contre 16,8% pour les États-Unis, c’est-à-dire que la production industrielle chinoise était de 70% supérieure à celle des États-Unis. L’URSS a toujours été très loin derrière les États-Unis au niveau de la production.

Quant au commerce, les États-Unis ont perdu la guerre commerciale lancée par Trump contre la Chine, ce qui est quelque peu humiliant pour eux. Dès 2018, la Chine est devenue le premier pays du monde pour le commerce des biens. Mais à l’époque, il n’était que de 11% supérieur à celui des États-Uni. En 2021, il est passé à 35% de plus que les États-Unis. Sur le plan des exportations, la situation est encore pire pour les États-Unis. En 2018, les exportations chinoises étaient de 53% supérieures à celles des États-Unis ; et en 2021, c’est 92%. En résumé, non seulement la Chine est devenue de loin la première nation commerciale du monde, mais les USA ont perdu la guerre commerciale que les Administrations Trump et Biden avaient livrée contre elle.

Plus parlant du point de vue macroéconomique, la Chine est en tête en ce qui concerne les capitaux investissables, c’est-à-dire l’épargne (ménages, entreprises et État). Or les investissements sont la force motrice de la croissance. En 2019, selon les dernières données disponibles, l’épargne en capital brut de la Chine était, en termes absolus, 56% plus élevée que celle des États-Unis (soit 6,3 trillions de dollars pour la Chine contre 4,3 trillions pour les USA). Cependant ce chiffre sous-estime considérablement l’avance de la Chine sur les États-Unis, car il ignore l’amortissement. Si on l’intègre, alors la création annuelle nette de capital de la Chine représente 635% celle des États-Unis, soit l’équivalent de 3,9 trillions de dollars pour la Chine contre 0,6 trillions pour les USA. En somme, chaque année la Chine accroît considérablement son stock de capital, alors que celui des Etats-Unis croît peu.

La croissance économique de la Chine a dépassé de façon écrasante celle des États-Unis, non seulement comme on le savait, dans les quatre décennies qui ont suivi 1978, mais cela continue jusqu’à présent. En prix corrigés compte tenu de l’inflation depuis 2007, année précédant la crise financière internationale, l’économie américaine a crû de 24% et celle de la Chine de 177% – une croissance plus de sept fois supérieure à celle des États-Unis. En conclusion, l’économie capitaliste américaine est en train de subir une sérieuse défaite face à l’économie socialiste chinoise sur le terrain de la concurrence pacifique.

Certes la prédominance des États-Unis en termes de productivité, de technologie et de taille des entreprises persiste mais l’écart avec la Chine se rétrécit, et ils ont perdu, de toute façon, leur leadership au niveau de la production mondiale. En 2021, les États-Unis ne représentaient que 16% (calculés en PPA) de l’économie mondiale, soit 84% de l’économie mondiale leur échappaient. Il est clair que l’ère mondiale de la multipolarité, qui remplace la domination unipolaire par les États-Unis, est déjà advenue.

La conclusion qu’en tirent les USA est qu’il faut empêcher cette multipolarité économique par des moyens politiques et militaires.

La force militaire américaine

Certains cercles occidentaux minoritaires ont cru que ces revers économiques annonçaient la défaite inévitable des États-Unis ou que cette dernière était déjà advenue. On retrouve ce même jugement erroné chez un petit nombre de personnes en Chine qui considèrent que celle-ci l’a déjà emporté globalement sur les États-Unis. Ce sont des erreurs, des illusions. Ils oublient, selon la célèbre phrase de Lénine, que « le politique précède l’économique. C’est l’ABC du marxisme », à laquelle il faut rajouter celle du président Mao « le pouvoir politique est au bout du canon ». Que les États-Unis soient en perte de vitesse économique ne signifie nullement qu’ils laisseront cette évolution se poursuivre tranquillement. Eux aussi ne placent pas l’économique avant le politique. Face à leurs défaites économiques, ils savent se tourner vers le politique et le militaire.

Leur suprématie militaire est intacte. Leur budget militaire dépasse à lui seul la somme de ceux des neuf autres pays les plus dépensiers militairement. Un seul pays est son égal dans le domaine de l’arme nucléaire : la Russie qui a hérité des stocks de l’URSS. Le nombre exact d’armes nucléaires détenues par un pays donné est un secret d’État. Cependant en 2022, une étude sérieuse réalisée par la Fédération des Scientifiques Américains, estime que la Russie possède 5977 armes nucléaires et les États-Unis 5 428. La Russie et les États-Unis ont environ chacun 1600 ogives nucléaires stratégiques actives déployées. Quant à la Chine, il est évident que les États-Unis ont bien plus d’armes nucléaires.

Quant aux armes conventionnelles, les dépenses américaines devancent celles de tout autre pays.

Du temps de la première guerre froide, si les deux pays s’équivalaient du point de vue nucléaire, l’économie soviétique était largement en dessous de celle des USA. Aussi la stratégie américaine était centrée sur l’économie.

Ainsi quand, dans les années 80, Reagan initia la militarisation, l’objectif n’était pas de lancer une guerre contre l’URSS mais de pousser cette dernière dans une course aux armements fort préjudiciable à son économie. C’est pourquoi, malgré les tensions, la guerre froide ne s’est jamais transformée en guerre « chaude ».

Maintenant, c’est l’inverse. Les États-Unis, considérablement affaiblis économiquement mais gardant leur prépondérance militaire, tentent de déplacer les enjeux sur le terrain militaire. Cette orientation qui s’inscrit sur le long terme, ouvre une période très dangereuse pour l’humanité. La tentation est grande pour les États Unis d’utiliser des moyens militaires « directs » ou « indirects » contre la Chine pour enrayer son développement économique.

Utilisation de la force militaire indirectement

Avant d’avoir recours à la solution extrême, à savoir l’affrontement militaire direct, il existe d’autres voies, indirectes, déjà utilisées ou en cours de discussion, qui permettent aux USA de tirer avantage de leur supériorité militaire pour imposer leurs choix :

• Profiter de la relation de subordination militaire de certains pays envers les USA pour les inciter à adopter des politiques économiques hostiles à la Chine – c’est le cas de l’Allemagne et de l’Union européenne.

• S’opposer à la multipolarité économique existante, en y substituant des alliances dominées unilatéralement par les États-Unis – l’OTAN, le Quad (États-Unis, Japon, Australie, Inde) etc…

• Forcer les pays qui entretiennent de bonnes relations économiques avec la Chine à restreindre ces relations – cf l’Australie

• Mener potentiellement des guerres contre des alliés de la Chine

• Entraîner la Chine dans une guerre « partielle » avec les USA. C’est l’objet d’intenses discussions en ce moment aux États-Unis à propos de Taïwan.

Après le déclenchement de la guerre en Ukraine, Janan Ganesh, principal commentateur politique américain du Financial Times, a illustré ces pressions militaires directes et indirectes :

« Dès 2026 (…) le gaz naturel liquéfié arrivera par tanker sur les côtes au Nord de l’Allemagne, sera déversé dans des cuves de stockage cryogénique réglées à moins 160°C, puis sera « re-gazéifié » avant de transiter par le réseau. Cela remplacera les importations russes.

L’Allemagne n’a pas de terminal GNL à l’heure actuelle… Parmi les exportateurs susceptibles d’en tirer profit, les États-Unis se trouvent être plus proches que l’Australie (…)

Et ces exportations ne sont pas tout. En effet, si l’Allemagne tient sa promesse récente de prioriser la défense, cela permettrait alors aux USA de partager les charges financières et logistiques de l’OTAN (…). Une Europe plus liée à l’Amérique et qui soit aussi moins une charge pour elle(…). Loin d’empêcher le tournant américain vers l’Asie, la guerre en Ukraine pourrait au contraire le faciliter.

Quant à cette partie du monde le Pacifique le Japon pourrait difficilement faire plus dans son soutien à Kiev et donc à Washington. »

En résumé, les États-Unis s’appuient sur leur prépondérance militaire pour augmenter la dépendance économique de l’Allemagne et du Japon à leur égard. Bien d’autres variantes sont envisageables mais le trait commun à tous ces scénarios est l’emploi de la force militaire directe ou indirecte pour remédier à leur affaiblissement économique relatif.

Si l’économie chinoise continue à se développer à cette vitesse, à un moment donné ses forces militaires pourraient égaler celles des États-Unis. C’est impossible à court terme. En effet, il faudrait des années à la Chine pour construire un arsenal nucléaire similaire à celui des États-Unis, à supposer qu’elle le veuille. Il faudrait probablement encore plus de temps pour produire les armes conventionnelles – vu les hauts niveaux impressionnants de technologie et de formation requis dans les secteurs de pointe que sont l’aviation, la marine etc.
Signification de la guerre en Ukraine

Les causes de cette guerre ont été examinées en détail dans l’article 俄罗斯发起军事行动是在保卫中国的西部防线 En voici les deux principaux enseignements.

Le premier enseignement est qu’il ne sert à rien d’implorer la clémence des États-Unis. Après la dissolution de l’URSS en 1991, pendant 17 ans, la Russie a essayé d’entretenir des relations très amicales avec les États-Unis. La soumission de la Russie aux Etats-Unis, sous la présidence d’Eltsine, en était même humiliante. Pendant le premier mandat de Poutine, elle les a soutenus dans la guerre contre le djihad islamique et l’invasion de l’Afghanistan. Mais la réponse des États-Unis a été de violer leur promesse que l’OTAN n’avancerait pas « d’un pouce » vers la Russie et au contraire d’augmenter agressivement leur pression militaire sur la Russie.

Le second enseignement est que l’issue de la guerre en Ukraine est cruciale non seulement pour la Russie mais aussi pour la Chine et le reste du monde. Si jamais la Chine décidait d’accroître son arsenal nucléaire, pendant le temps que cela prendrait, elle continuerait d’entretenir de bonnes relations avec la Russie ce qui ne manquerait pas de dissuader les USA de se lancer dans une attaque contre la Chine. L’objectif des USA en Ukraine est précisément de provoquer un changement politique en Russie pour qu’y soit installé un gouvernement qui ne défende plus les intérêts de la Russie en tant que nation, un gouvernement qui se soumette à la volonté américaine et soit hostile à la Chine. Si cela arrivait, alors la Chine serait confrontée à une menace militaire américaine beaucoup plus conséquente, et à un grave danger stratégique du fait de sa très longue frontière commune avec la Russie dans le Nord. Elle se trouverait alors encerclée par le Nord et les intérêts nationaux des 2 pays, Russie et Chine, seraient sérieusement compromis.

Voici ce qu’en dit Sergei Glaziev, ministre de la Commission économique eurasienne de Russie : « Quand ils ont réalisé qu’ils n’arrivaient pas à faire plier la Chine par le biais de la guerre commerciale sans merci qu’ils lui livraient, les Américains se sont tournés vers la Russie, qu’ils considèrent comme un maillon faible de la géopolitique et de l’économie mondiales. Les Anglo-Saxons cherchent comment mettre en œuvre leur (…) projet de destruction de notre pays [la Russie], et même temps d’affaiblissement de la Chine parce que l’alliance stratégique de la Fédération de Russie et de la RPC, c’en est trop pour les États-Unis ».

L’escalade militaire américaine va-t-elle se poursuivre ?

Il n’existe pas au niveau intérieur, c’est-à-dire national américain, de forces capables de freiner l’agression internationale des USA. Or ces derniers ont montré par le passé, qu’ils pouvaient déployer une violence inouie allant jusqu’à la volonté de détruire des pays entiers.

• Pendant la guerre de Corée, sans même avoir recours à l’arme nucléaire, avec juste des explosifs, des bombes incendiaires et du napalm, les Etats-Unis ont détruit pratiquement toutes les villes et villages de la Corée du Nord, et environ 85% de ses bâtiments.

• Au Vietnam, les bombardements américains étaient pires. De 1964 au 15 août 1973, l’armée de l’air américaine a largué en Indochine, 2 millions de tonnes de bombes et autres munitions, et leurs avions de la marine américaine 1,5 million de tonnes supplémentaires en Asie du Sud-Est. Edward Miguel et Gérard Roland l’ont consigné dans une étude exhaustive : « Ce tonnage dépassait de loin celui utilisé pendant la Seconde Guerre mondiale et la guerre de Corée. L’US Air Force a écoulé 2 150 000 tonnes de munitions pendant la Seconde Guerre mondiale – dont 1 613 000 sur le théâtre européen et 537 000 sur celui du Pacifique – et 454 000 tonnes pour la guerre de Corée (..) Les bombardements américains sur le Vietnam ont donc été multipliés par trois (en poids) si on compare à ceux de la Seconde Guerre mondiale, sur les théâtres européen et pacifique combinés, et par quinze par rapport à la guerre de Corée. Si on rapporte à la population vietnamienne d’avant-guerre qui était d’environ 32 millions, cela s’est traduit par des centaines de kilogrammes d’explosifs par habitant. Pour prendre une autre comparaison, les bombes atomiques larguées sur Hiroshima et Nagasaki avaient une puissance d’environ 15 000 et 20 000 tonnes de TNT (…) alors que les bombardements américains en Indochine représentent 100 fois l’impact combiné de ceux d’Hiroshima et de Nagasaki ». Outre les engins explosifs, les États-Unis ont fait usage d’armes chimiques telles que le fameux « agent orange » qui a généré des difformités atroces chez les personnes touchées.

• L’invasion de l’Irak fut moins longue, et par conséquent la quantité d’explosifs utilisés par les USA fut moindre qu’en Indochine, mais les États-Unis étaient déterminés à ravager le pays sur une période prolongée. Aussi ont-ils eu recours à des armes particulièrement effroyables tel que l’uranium appauvri qui, plusieurs années après, continue à engendrer des malformations congénitales.

• Quand ils ont bombardé la Libye, les États-Unis ont transformé un pays qui avait été l’un des plus riches d’Afrique (par habitant), avec y compris un État-providence développé, en une société déchirée par des conflits inter-tribaux où des gens mis en esclavage sont ouvertement vendus.

Il n’y a pas de crime contre l’humanité devant lequel les USA reculent. S’ils pensaient pouvoir éliminer le défi économique chinois par la guerre atomique, rien ne dit qu’ils ne le feraient pas. De plus, bien qu’il y ait certes des mouvements anti-guerre aux États-Unis, ils ne sont pas assez puissants pour empêcher les États-Unis d’utiliser l’arme nucléaire s’ils le décidaient. Sur le plan intérieur, aucun contre pouvoir n’aurait la capacité d’empêcher les USA de lancer une guerre contre la Chine.

Par contre, des entraves extérieures existent. Ainsi la possession d’armes nucléaires par d’autres pays, sont un moyen de dissuasion fondamental contre une attaque nucléaire américaine. C’est pourquoi l’explosion de la première bombe nucléaire chinoise en 1964 fut considérée, à juste titre, comme un succès national. Cependant, contrairement aux États-Unis, la Chine a adopté le principe de « non emploi en premier » de l’arme nucléaire, montrant ainsi son choix défensif et sa volonté de retenue.

Qu’est ce qui guide la politique américaine ?

Depuis la Seconde Guerre mondiale, la politique américaine suit un schéma logique et rationnel. Lorsque les États-Unis se sentent en position de force, ils agressent. Quand ils se sentent affaiblis, ils adoptent un profil « pacifique ». La guerre du Vietnam en est la parfaite illustration.

Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis s’estimaient assez forts pour attaquer la Corée. Malgré leur échec dans cette guerre, ils continuèrent à se sentir suffisamment confiants pour isoler diplomatiquement la Chine (1950-60), l’exclure de l’ONU, rompre toute relation diplomatique directe avec elle, etc. Cependant la guerre du Vietnam, lutte d’un peuple pour sa libération nationale qui bénéficia du soutien militaire massif de la Chine et de l’URSS, fut un tournant. Les États-Unis essuyèrent une grave défaite. Fragilisés, ils optèrent pour l’apaisement avec la Chine. Ceci fut symbolisé par la visite de Nixon à Pékin en 1972, suivie de la mise en place de relations diplomatiques complètes entre les 2 pays. Peu de temps après, les États-Unis lançaient leur politique de « détente » avec l’URSS.

Mais dès qu’ils eurent récupéré, dans les années 80, du temps de Reagan, leur bellicisme envers l’URSS a de nouveau resurgi.

La crise financière internationale

On retrouve le même schéma dans la crise financière internationale de 2007/8 qui a porté un coup très dur à l’économie américaine. Les États-Unis ont alors préconisé la coopération économique internationale, et participé à la création du groupe des pays du G20, affichant en particulier une attitude coopérative envers la Chine etc.

Mais dès que leur économie a redémarré, leur hostilité envers la Chine est revenue, aboutissant au déclenchement par Trump de la guerre commerciale contre la Chine.

Momparaison avec la période précédant la Seconde Guerre mondiale

Un retour historique sur le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale nous apprend que c’est la militarisation du Japon débouchant sur l’invasion du nord-est de la Chine en 1931, et l’arrivée au pouvoir d’Hitler en Allemagne en 1933 qui ont conduit à cette guerre. Mais il n’y avait rien d’inéluctable. Entre 1931 et 1939 eurent lieu toute une série de défaites et de capitulations, et une totale absence de réaction face aux militaristes japonais et aux nazis allemands. C’est cela qui a permis de passer des premières victoires japonaise et allemande à la guerre mondiale.

Ainsi, en Asie, pendant les années 30, le Kuomintang était plus attaché à combattre le PCC qu’à repousser le Japon. Pour leur part, les États-Unis n’ont rien fait pour stopper le Japon jusqu’à ce qu’ils soient eux-mêmes attaqués à Pearl Harbor en 1941. En Europe, la Grande-Bretagne et la France sont restés passifs face à la remilitarisation de l’Allemagne alors qu’elles avaient le droit d’intervenir en vertu du traité de Versailles. Elles n’ont pas non plus soutenu le gouvernement légitime d’Espagne en 1936 face au coup d’État fasciste et à la guerre civile lancés par Franco avec le soutien d’Hitler. Elles ont entièrement capitulé face à Hitler lors du démembrement de la Tchécoslovaquie grâce au célèbre pacte de Munich en 1938. Une réaction ferme aurait pu stopper le Japon et l’Allemagne avant que cela ne dégénère mais toutes ces capitulations et ces défaites ont ouvert la voie à la Seconde Guerre mondiale.

L’histoire semble se répéter aujourd’hui. Certes nous ne sommes pas comme en 1938, à un an d’une guerre mondiale. Cela ressemblerait plus à 1931. À ce jour, l’idée de déclencher un conflit généralisé ne recueille le soutien que d’une infime minorité dans certains secteurs de politique étrangère et de l’establishment militaire américains. Mais si les États-Unis subissent des défaites, ils ne s’engageront certainement pas dans un affrontement direct avec la Chine ou la Russie. Par contre s’ils gagnent, le risque existe que, acculés par leur affaiblissement économique et munis de leur équipement militaire supérieur, ils s’engagent dans un conflit mondial majeur, comme ce fut le cas en 1931, après l’invasion du nord-est de la Chine par le Japon, et l’arrivée d’Hitler au pouvoir en 1933.

C’est pourquoi il est primordial de s’assurer que les États-Unis ne remportent aucune bataille immédiate, que ce soit la guerre qu’ils ont provoquée en Ukraine ou leur tentative de miner la politique d’« Une seule Chine » (Taïwan).

Quelles forces pourraient contrecarrer l’agression militaire américaine

Deux forces ont la capacité d’enrayer la dynamique guerrière des USA :

• La plus efficace est le développement même de la Chine qui non seulement améliore le niveau de vie de la population chinoise, mais pourrait à terme constituer un armement de taille comparable à celui des États-Unis, ultime moyen de dissuasion à leur égard.

• La seconde est l’opposition de nombreux pays dont la population représente l’immense majorité des habitants de la planète. Leur résistance est motivée non seulement par des raisons morales, mais aussi pour défendre leurs propres intérêts. Ainsi la guerre en Ukraine, fomentée par les USA afin qu’elle adhère à l’OTAN, a provoqué une augmentation massive des prix alimentaires internationalement, la Russie et l’Ukraine étant les premiers fournisseurs de blé et d’engrais. L’interdiction imposée à Huawei de développer la 5G signifie pour les pays ayant accepté cet ultimatum, que leurs habitants sont obligés de payer plus cher leurs télécommunications. De même la pression américaine pour forcer l’Allemagne à acheter le Liquid Natural Gas américain, au lieu du gaz naturel russe, a fait monter les prix de l’énergie en Allemagne. En Amérique latine, ils s’en prennent aux pays qui poursuivent des politiques d’indépendance nationale. Quant aux ménages américains, ils sont eux aussi affectés par les tarifs douaniers contre les exportations chinoises qui ont fait monter le coût de la vie.

Ces deux obstacles à l’offensive américaine, le développement de la Chine et la résistance de l’écrasante majorité de la population mondiale, se renforcent mutuellement. L’essor impressionnant de la Chine, résultat des sacrifices énormes du peuple chinois et de ses victoires depuis la création du PCC et de la République populaire de Chine est le facteur déterminant parmi ces deux forces. Quant à l’articulation précise de ces 2 facteurs, c’est aux personnes ayant accès à toutes les informations disponibles au niveau de la direction de l’État de réfléchir aux étapes et mesures concrètes nécessaires.
Que vont décider les USA ?

Comme nous l’avons analysé dans un précédent article 俄罗斯发起军事行动是在保卫中国的西部防线?, l’humanité fait face à un grave danger dans la période à venir. Historiquement, une analogie s’impose avec la célèbre déclaration du chef d’état-major allemand Moltke en 1912 : « la guerre est inévitable et le plus tôt sera le mieux ». Du point de vue allemand, c’était une décision tout à fait rationnelle. Les économies russe et américaine croissaient plus rapidement que l’Allemagne, ce qui les conduirait inévitablement à dépasser militairement l’Allemagne. Aussi, Moltke s’est-il empressé d’appeler à la guerre le plus tôt possible.

L’escalade militaire des USA est déjà en cours, mais ils hésitent encore. Ils sont en train d’analyser la situation pour évaluer jusqu’où ils peuvent aller. Ils ont provoqué la guerre en Ukraine avec leur menace d’y installer l’OTAN, se sont engagés dans une guerre par procuration, et exercent une pression maximale sur leurs alliés afin que ces derniers sacrifient leurs propres intérêts et s’alignent sur eux. Cependant ils n’osent pas encore mobiliser leurs propres troupes.

Par ailleurs les relations entre la Russie et la Chine sont une question décisive pour les États-Unis. Ils redoutent plus que tout au monde, une union économique et militaire des 2 pays. Aussi leur objectif stratégique est-il de les diviser afin de mieux attaquer chacun d’eux séparément, y compris militairement.
En conclusion

Même si la crise ukrainienne présente, évidemment, des spécificités nationales, elle est aussi la manifestation de l’escalade militaire américaine. Cette dernière se poursuivra tant que les USA n’auront pas subi de défaites extérieures. Résultant de la situation globale des États-Unis, elle n’est pas près de s’arrêter, avec comme but ultime, la Chine.

Voici comment se présente l’avenir :

• il faut malheureusement anticiper une augmentation des attaques contre la Chine et autres pays

• en cas de défaite pour les USA, il faudra certes accueillir les occasions d’ouverture « pacifique », sans pour autant oublier qu’ils profiteront de ces périodes d’apaisement pour remobiliser leurs forces afin de lancer une nouvelle offensive.

• l’essor de la Chine étant en définitive le facteur déterminant pour faire reculer le bellicisme américain, il est dans l’intérêt des pays victimes des USA que ce développement chinois se consolide

• le degré d’intensification militaire américaine dépendra du succès ou non des conflits en cours.

Il est évidemment impossible de savoir à l’avance, dans les détails, la voie précise que prendra la politique militariste américaine. Mais dans l’immédiat, l’élément décisif en est l’issue de la guerre en Ukraine. Si les États-Unis gagnent cette guerre, leur militarisme s’étendra. Si, en revanche, ils subissent un revers, il leur sera plus difficile d’attaquer la Chine.