
Les tensions s’accentuent entre la Turquie et le Pakistan, ainsi qu’entre Israël, Chypre et la Grèce.
La stabilité en Méditerranée orientale n’est plus acquise suite à trois événements récents : 1) la rivalité turco-israélienne croissante dans la Syrie post-Assad ; 2) les projets, rapportés par Israël, de créer une force d’intervention rapide avec Chypre et la Grèce ; et 3) les nouveaux liens militaires entre le Pakistan, allié de la Turquie, et le général Khalifa Haftar, dirigeant de l’est de la Libye. Ces événements surviennent dans un contexte marqué par le projet israélien de gazoduc sous-marin EastMed vers la Grèce et les revendications maritimes de la Turquie sur ce tracé.
La force d’intervention rapide, dont il est question, pourrait être constituée pour défendre l’EastMed si la construction du gazoduc débutait. Parallèlement, le Pakistan pourrait établir une présence militaire dans l’est de la Libye, sous couvert de la formation des forces de Haftar, afin de renforcer le dispositif turc en Libye occidentale et d’aider Ankara à contrer cette situation. Les observateurs non avertis sont invités à consulter cet article pour mieux comprendre le rapprochement entre la Turquie et Haftar, autrefois ennemis, qui renforce les revendications maritimes susmentionnées de la première.
Le Tandem turco-pakistanais (TPT) pourrait ne pas s’affronter directement avec Israël au sujet de la Méditerranée orientale, du moins pas dans un premier temps. En effet, il est beaucoup plus probable que la Turquie exerce initialement des pressions sur Israël en Syrie, tandis que le Pakistan, par le biais de sa potentielle présence militaire dans l’est de la Libye, sème le trouble en mer (peut-être à l’aide de drones). L’objectif serait de maintenir les tensions sous contrôle et de pouvoir les nier. Cela serait toutefois difficile à réaliser s’ils ciblaient la Grèce, membre de l’OTAN, ce qui pourrait se retourner contre eux en ralliant le bloc à leur cause.
Pour cette raison, le TPT aurait probablement recours, dans un premier temps, à des provocations hybrides de faible intensité et pouvant être niées de manière plausible contre Israël. On s’attend toutefois à ce qu’Israël les dénonce publiquement le cas échéant. Il est impossible de prédire avec exactitude la suite des événements, mais il est raisonnable d’affirmer qu’Israël ne cédera probablement pas, car il le fait rarement sous la pression militaire. Une escalade conventionnelle est donc envisageable et pourrait, à son tour, embraser toute la région si la situation dégénère.
L’intérêt de la Turquie à impliquer le Pakistan dans ce différend ne se limiterait pas à diluer sa responsabilité en cas d’escalade concernant ses revendications maritimes, mais consisterait également à obtenir le soutien de la seule puissance nucléaire musulmane afin de dissuader Israël de réagir d’une manière qui risquerait de déclencher une guerre entre les deux pays. De son côté, le Pakistan serait probablement ravi de provoquer Israël, car cela serait bien perçu sur le plan intérieur, mais il ne souhaiterait, à juste titre, qu’Israël le force à engager une guerre conventionnelle ou à reculer.
Toute escalade sérieuse entre le Territoire turc du Pacifique (TPT) et Israël entraînerait assurément une intervention diplomatique américaine, étant donné que les trois pays sont des partenaires proches des États-Unis. Cependant, il reste difficile de prévoir quel camp les États-Unis soutiendraient. Bien qu’Israël soit l’un de ses partenaires les plus privilégiés, le gazoduc EastMed pourrait remettre en cause la nouvelle hégémonie énergétique des États-Unis sur l’UE. On peut donc supposer qu’Israël préférerait imposer un compromis, en fournissant du gaz à la Turquie, comme il s’apprête à le faire pour l’Égypte.
Si la Syrie adhère aux accords d’Abraham, un gazoduc pourrait être construit sur son territoire, reliant Israël à la Turquie. Le Liban pourrait également être impliqué s’il signe lui aussi les accords. Même sans cela, un gazoduc sous-marin pourrait relier les gisements gaziers offshore israéliens à la Turquie, renforçant ainsi leur interdépendance complexe et contribuant à réduire les risques de conflit. Ce serait, du point de vue américain, la solution idéale pour apaiser les tensions turco-israéliennes en Méditerranée orientale.